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Brouillon : cette fiche est un document de travail du GT AIR, publié en transparence avant validation. Son contenu peut évoluer. Dernière mise à jour : 2026-08-28.

V2 — Souveraineté et réversibilité

Public cible. Architectes, DSI, achats, juridique, RSSI, DPO.

Objectif

Rester capable de changer de fournisseur, de récupérer ses données et de maîtriser où elles résident. Traiter la souveraineté comme une propriété d'architecture qui se mesure et s'exerce, au-delà des seules clauses contractuelles.

Contexte et enjeux

Le verrouillage ne se joue pas sur le calcul. Migrer des machines virtuelles d'un fournisseur à un autre reste faisable. Ce qui vous retient, ce sont les services managés propriétaires, les formats de données spécifiques, les identités et les droits, et le volume à extraire. Un SI construit sur des briques génériques change de fournisseur ; un SI construit sur les services différenciants d'un fournisseur reste où il est.

La question n'est pas binaire. Exiger la souveraineté partout coûte cher et prive de services utiles. La classer par charge donne un résultat exploitable : certaines données ne doivent pas sortir d'un périmètre juridique, d'autres sont publiques et indifférentes. L'architecte trace cette frontière, le juridique la qualifie, la direction l'arbitre.

Une clause ne suffit pas à garantir la réversibilité. Seul un exercice permet de vérifier l'export des données, sa durée et leur réutilisation dans un autre outil. Le coût de sortie s'estime avant la signature, lorsque l'organisation dispose encore d'un pouvoir de négociation.

Le cadre européen a bougé. Le Data Act impose depuis le 12 septembre 2025 aux fournisseurs de services de traitement de données de lever les obstacles au changement : préavis de deux mois à l'initiative du client, période de transition de 30 jours suivie de 30 jours de récupération, et suppression progressive des frais de transfert. DORA, applicable depuis janvier 2025, impose au secteur financier une stratégie de risque sur les tiers et des stratégies de sortie documentées. Ces textes transforment une bonne pratique en obligation, et ils donnent un levier de négociation à vos achats (D1).

La souveraineté sert la sobriété, et l'inverse. Les standards ouverts et les formats interopérables réduisent les conversions, les couches d'adaptation et les duplications de données. Ce que vous gagnez en liberté de mouvement, vous le gagnez aussi en flux supprimés (C4).

Étapes de mise en œuvre

  1. Classer les charges avant de choisir les hébergements. Trois catégories suffisent : données dont la localisation est contrainte par la loi ou par le contrat, données sensibles sans contrainte formelle, données indifférentes. Faire qualifier la première catégorie par le juridique, pas par l'architecte seul.

  2. Cartographier les dépendances propriétaires. Pour chaque service managé utilisé, noter s'il existe un équivalent standard ou open source, et ce que coûterait la bascule. Cette liste est votre inventaire de verrouillage. Elle tient sur une page et personne ne l'écrit jamais.

  3. Estimer le coût de sortie avant de signer. Volume à extraire, frais de transfert, durée d'indisponibilité, réécriture applicative, compétences à acquérir. Un chiffre, même approximatif, change la négociation. Le clausier NR de l'INR fournit des clauses types à intégrer aux CCTP (I2).

  4. Exercer la réversibilité, ne pas la contractualiser seulement. Programmer un export complet par an sur les services critiques, mesurer sa durée, vérifier que les données importées sont exploitables dans un autre outil. C'est le même principe que l'exercice de reprise de I3, pour la même raison : une procédure jamais jouée est une hypothèse.

  5. Préférer les standards ouverts aux interfaces propriétaires. À service rendu équivalent, une brique conforme à un standard documenté vous laisse une porte de sortie. Cette préférence se décide au moment du choix, quand elle est gratuite, et coûte cher trois ans plus tard.

  6. Négocier la localisation et l'accès aux données. Où résident les données au repos, où transitent-elles, quelles juridictions peuvent y accéder, et selon quelles procédures. Les qualifications nationales et européennes (SecNumCloud en France, travaux EUCS au niveau européen) donnent un langage commun aux achats.

  7. Évaluer la concentration du risque. Combien de vos services critiques dépendent du même fournisseur, et que se passe-t-il s'il change ses conditions, augmente ses tarifs ou se retire d'un marché ? Cette question relève de l'architecture autant que des achats, et rejoint l'analyse de fragilité de I3.

  8. Documenter l'arbitrage, pas seulement la décision. Écrire ce que vous avez accepté comme dépendance et pourquoi. Un successeur qui trouve la décision sans son motif la reproduit ou la défait au hasard.

Indicateurs et objectifs

  • KPI : part des services critiques disposant d'une stratégie de sortie documentée ; coût de sortie estimé, par fournisseur ; date du dernier export de réversibilité réussi ; part des données soumises à contrainte de localisation effectivement conformes ; nombre de services critiques concentrés sur un même fournisseur ; part des interfaces reposant sur un standard ouvert.
  • OKR : classification des charges par contrainte de localisation achevée ce semestre ; un exercice de réversibilité réel sur le service le plus critique ; coût de sortie chiffré pour les trois principaux fournisseurs.

Pièges à éviter

  • Confondre clause de réversibilité et réversibilité. Tant que l'export n'a pas été exécuté et le résultat vérifié, vous avez un document, pas une capacité.
  • Traiter la souveraineté en tout ou rien, et payer une exigence maximale sur des données publiques.
  • Adopter le multicloud comme assurance. Vous multipliez les compétences, les coûts et les surfaces d'attaque, souvent au-delà du risque couvert.
  • Estimer le coût de sortie au moment de partir. Il se chiffre avant la signature, quand vous avez encore un pouvoir de négociation.
  • Négliger les identités et les droits. Ils sont le point de verrouillage le plus profond et le moins visible du dossier de migration.
  • Réduire la souveraineté à la localisation physique des serveurs, en ignorant la juridiction qui s'applique au fournisseur.

Outils et ressources

🟢 = outil open source ; les outils sans pastille ne le sont pas (ou partiellement).

Cette sélection ne retient que les outils mobilisables sur ce chantier. Le catalogue complet de l'INR (355 ressources classées en 15 thèmes, liens vérifiés) tient la référence à jour : Boîte à outils du Numérique Responsable.

Catégorie Outil / Ressource Usage Lien
Cadre Data Act Obligations de changement de fournisseur applicables depuis le 12 septembre 2025 https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/data-act
Cadre DORA Stratégies de sortie et risque sur les tiers, secteur financier https://www.digital-operational-resilience-act.com/
Qualification SecNumCloud (ANSSI) Qualification française des offres cloud de confiance https://cyber.gouv.fr/secnumcloud
Écosystème Gaia-X Cadre européen d'interopérabilité et de portabilité https://gaia-x.eu/
Achats 🟢 Clausier NR (INR) Clauses types pour CCTP et CCAP, réversibilité comprise https://institutnr.org/clausier-numerique-ecoresponsable
Alternatives 🟢 Socle interministériel de logiciels libres Logiciels libres recommandés par l'État https://code.gouv.fr/fr/
Alternatives 🟢 OpenStack / 🟢 OpenNebula Socles d'infrastructure ouverts https://openstack.org
Données CNIL Transferts hors UE et bases légales https://www.cnil.fr
Maturité 🟢 Guide Maturité PP (INR/ISIT) Évaluation des fournisseurs, complète l'analyse de dépendance https://institutnr.org/guide-maturite-parties-prenantes

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